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Des débutants au large: Le témoignage de Sylvie pour la N.A.V’ La Seyne sur Mer – Bizerte

 

« J’y vais ? Décision prise trois jours avant. Passeport en circuit urgence. Check-list à la lettre. Un gros sac bleu.  Je suis à la Seyne sur mer. Je monte ? »

 

Saison de tempêtes. Les premiers équipages de l’Odyssée Barcelone-La Seyne/Mer ont essuyé des déferlantes de 4m. Oh la la pas rassurant du tout ! Et personne ne regrette ( ?). Je monte ?… enfin, si d’autres veulent ma place, pas de soucis !

Départ retardé à cause du temps, des BMS  [c’est quoi ?] Sac bleu dans le bateau… je peux toujours le sortir. Petite navigatrice du samedi après-midi au club ASPTT-Nice, mais une traversée Toulon-Bizerte ? Les BMS [c’est Alerte rouge ! Faut pas sortir !] pleuvent, s’échappent, reviennent,  s’affolent.  Le sac est toujours dedans.

Dîner des « embarquants » avant le jour J [je suis une embarquante ?]. Douce chaleur de ce repas, je me laisse m’envelopper de calculs autour de la table : de temps, de vitesse, de trajectoires, vents, houles, planning. Les tranches d’aubergine de Marie ne cuisent pas vite au four. Une petite vie s’installe, l’air de rien et on dirait bien que j’embarque.

« Comment parler de cette joie de la vitesse, de l’aiguille qui grimpe, de la lune, des éclats fluorescents des vagues… »

 

Temps prévu très agité à la sortie de la rade de Toulon. « Tu feras le 2ème quart avec Eric, va dormir ». Charlotte a joué fin, tout en douceur et en précision, juste le temps de traverser la zone qui secoue !

OK sac ouvert, plus qu’à vivre ce qui vient avec Eric, Odile, Firas et Charlotte.

Et maintenant

Comment parler de cette joie de la vitesse, de l’aiguille qui grimpe, de la lune, des éclats fluorescents des vagues, de la moiteur douce de la nuit méditerranéenne, du balancement ou claques de la mer sur la coque, des chuchotements, des petites lumières rouges signalant les déplacements des uns et des autres dans le bateau, des bruits, sourds, clapotant, brusques, sifflants, voltigeant, moteur, de la solitude de l’immensité. ..L’inquiétude qui doucement s’estompe au profit de la vie de bord, de l’attention portée à tous. Subtil glissement orchestré par  Charlotte, présente à ce qui est, les vents, la mer, les voiles, bruits de moteur, les équipiers, les lombrics du compost, les oiseaux de passage.

Les repères qui ne sont plus que deux points sur une carte bleue.

Et le bonheur du dernier jour, après le calme plat, le salut des dauphins, le ronronnement du moteur, le vent souffle fort dans les voiles, la houle nous fait danser, le grand soleil surfe sur les vagues, l’impression de voler les bras écartés vers l’Afrique !

 

Notre odyssée a parlé de climat, de migration. La voile, la traversée avait cet autre moteur, celui d’aller à la rencontre d’autres et de leurs combats, de l’autre côté de la Méditerranée, et là, c’est Charlotte qui s’est fait embarquer!

Merci à toi et bon vent pour ton école !

Sylvie Caudwell